L’apprentissage au fil du temps est inséparable de la deuxième grande caractéristique des Big Data : la célérité.

Dans la mesure où le risque d’erreur unitaire est acceptable pour l’utilisateur (individu ou organisation), il est souvent préférable de disposer d’une information correcte immédiatement, plutôt que de disposer d’une information complète et sûre, mais plus tardivement. Dans un monde où chaque milliseconde compte, où une vente se fera en ligne chez le concurrent simplement parce que le temps de réponse y est moins long, la dimension « temps réel » de l’information devient cruciale.

L’ordre de grandeur d’une plage de réflexion, pour un être humain confronté à une décision telle qu’un achat, est de l’ordre de la dizaine de minutes : cela laisse le temps aux systèmes décisionnels de brasser des informations et d’orienter une décision. Mais la vie du Net est venue modifier ces repères. En effet l’interaction entre l’internaute et son environnement glisse progressivement de la sphère de la cognition plus lente vers la sphère de la motivation voire celle de l’émotion à forte célérité. Ici les ordres de grandeurs des systèmes en interaction avec l’internaute sont bien souvent de l’ordre de la seconde, voire moins.

Sur le plan de la psychosociologie, le phénomène est encore démultiplié par la vitesse de propagation de l’information au sein des communautés connectées. En quelques centaines de secondes, ce sont des millions de personnes qui peuvent être informées d’une façon susceptible de modifier en profondeur leur comportement. Disposer de l’information ne suffit plus : il faut aussi anticiper ses impacts sociaux.

Poursuivre avec les technologies existantes conduirait irrémédiablement à concevoir des réseaux d’ordinateurs massivement parallèles : gigantisme et complexité de mise en œuvre en limiteraient assurément l’usage.

Les technologies du Big Data répondent précisément à cet enjeu : traiter bien plus rapidement une quantité grandissante d’informations. Là encore, cela suppose de se tourner vers une approche constructiviste. L’exemple se trouve sous nos yeux, au sein même de nos sociétés. Personne ne cherche à maîtriser parfaitement son environnement, mais chacun a conscience d’y apporter une contribution. L’équation liant la célérité et la contribution est déterminante dans la vie sociale (Leyens Jacques-Philippe, 1997). Apporter peu, très vite, est peu déterminant ; apporter plus, mais moins vite, c’est prendre le risque d’être devancé. Toute société vit dans cet équilibre de la compétition et de la collaboration, et c’est dans le même esprit que sont développés les algorithmes qui permettent la célérité.

Leyens Jacques-Philippe, Yzerbyt Vincent. 1997. Psychologie sociale. s.l. : Mardaga, 1997.