Errare humanum est ! L’erreur est humaine !

Beaucoup de nos concitoyens évoquent l’erreur lorsqu’ils sont responsables d’une situation mal gérée, d’une action inappropriée ou d’une parole inadaptée.

Mais qu’est ce que l’erreur ?

Selon Emmanuel Kant : « Le contraire de la vérité est la fausseté, quand elle est tenue pour vérité, elle se nomme erreur ».

Quand peut-on logiquement parler d’erreur ?

On parle d’erreur lorsque l’on maitrise habituellement un process mais qu’il arrive que l’on ne l’applique pas correctement, sans pour autant causer de dommage.

Par exemple, je sais que chaise prend un s au pluriel, si j’écris « les chaise » je commets une erreur. Le process n’est pas correctement appliqué mais il n’y a pas de dommage, c’est bien une erreur.

Lorsqu’il y a des dommages, on ne parle plus d’erreur mais d’accident.

Par exemple, je suis au volant et je suis déconcentré un instant, il s’en suis un freinage tardif et un choc contre le véhicule qui me précède. Je maitrise le process de conduite habituellement, ici je l’applique mal, il y a des dommages, c’est un accident.

Troisièmement, lorsque l’on ne maitrise pas le process et qu’on l’applique mal mais sans dommage, on parle d’apprentissage.

Si j’apprend à souder à l’arc, il peut y avoir des dommages car je ne maitrise pas le process que je vais appliquer. Aussi tout est fait pour éviter ces dommages, je suis isolé dans une cabine de soudage, avec des protections partout et un soudeur professionnel me surveille. Si je fais de mauvaises soudures, c’est normal, j’apprends.

Tandis que s’il y a des dommages lors de la mise en œuvre d’un process que l’on ne maitrise pas, on parle de stupidité, de folie, de crime selon la nature et la gravité des dommages.

Si je ne sais pas conduire mais que j’utilise un véhicule quand même et que je renverse un piéton, ce n’est pas une erreur, ce n’est pas un accident, c’est un crime.

Pourquoi parle-t-on d’erreur en cas d’accident, ou de crime ?

Simplement pour se dédouaner, pour amoindrir sa responsabilité. L’erreur est associée au fait que normalement « on maitrise » et qu’il n’y a pas de dommage, pas ou peu de conséquence. L’erreur revêt un caractère bénin. De fait lorsque l’on accroche un vélo en lisant son sms au volant, on parle d’erreur pour se disculper. Mais c’est bel et bien un acte avec responsabilité évidente.

De la même façon lorsque l’on ne maitrise pas un process que l’on décide d’appliquer quand même, se croyant plus fort que les autres et que des dommages surviennent, on cherche à échapper à sa double responsabilité, en évoquant le terme d’erreur.

Mais qu’en est-il du droit à l’erreur ?

Là encore, l’erreur étant une mauvaise application d’un process maitrisé d’ordinaire, sans dommage, il est tout à fait acceptable de parler de droit à l’erreur. Errare humanum est, comme cité plus haut.

Mais là ou la chose devient choquante, voire scandaleuse, c’est lorsque l’on utilise le terme d’erreur à mauvais escient et que l’on invoque son droit à l’erreur. Comment peut-on parler d’erreur face à la famille d’une victime ? Peut-on parler de droit à l’erreur lorsque l’on répond à un sms au volant et que l’on devient un danger ambulant ?

Même si l’acte est moins grave de conséquence, dès lors que l’on décide d’appliquer un process que l’on ne maitrise pas et qu’il y a dommages, il est incongru de parler de droit à l’erreur alors qu’il s’agit à minima d’une stupidité.

Si je suis commercial dans une entreprise et que j’essaye de vendre un produit que je ne maitrise pas, je fais perdre le client à l’entreprise. Ce manque de chiffre d’affaire peut vite occasionner des difficultés financières qui a terme peuvent conduire à des pertes d’emplois. Comment oser dans ces conditions parler de droit à l’erreur devant un chômeur potentiel, comment oser minimiser sa responsabilité ?

Si je suis informaticien et que je ne fait que la moitié des tests de mon application, que des entreprises sont bloquées avec des conséquences graves pour elles, comment oser parler d’erreur, d’évoquer « un tout petit bug », de considérer que c’est normal ?

C’est beaucoup trop facile d’évoquer le droit à l’erreur quand ce que l’on commets est bien plus grave qu’une erreur. D’ailleurs, celui qui se sent responsable et impliqué, celui qui assume ses actes n’évoque jamais un quelconque droit à l’erreur, il n’y pense même pas. Seul celui qui fuit ses responsabilités le fait.

Jean Pierre MALLE